La défiance envers l'OMS

Article du Professeur Guillaume Le Floch
RDSS

 « La défiance envers l’OMS » in Dossier Défiance et Santé, RDSS – Hors-série 2021, p. 9-25.

Extraits

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) est une institution spécialisée des Nations unies qui a été instituée en 1948 et qui compte 194 membres. Elle a pour mission, selon sa charte constitutive, « d'amener tous les peuples au niveau de santé le plus élevé possible ». Il s'agit d'un objectif déjà ambitieux, mais qui l'est d'autant plus que la définition retenue de la santé dans ledit texte, est large. La santé ne se limite en effet pas à l'absence de maladie ou d'infirmité. Elle est au contraire définie comme « un état de complet bien-être physique, mental et social ». Les actions que mène par conséquent l'OMS sont protéiformes. Elles s'étendent, à titre d'illustration, à des domaines aussi divers et variés que la maladie mentale, la lutte contre le paludisme, la lutte contre le tabac ou bien encore la couverture sanitaire universelle. Le mandat assigné à l'OMS est donc très étendu.
Au cours des dernière décennies, cette organisation a connu un certain nombre de succès parmi lesquels figurent l'éradication de la variole, les campagnes très efficaces de vaccination à l'égard des enfants, sa contribution à la promotion du lait maternel ou bien encore sa gestion de l'épidémie de SRAS en 2002-2003. Mais l'action de l'OMS a également été entachée par plusieurs scandales et échecs cuisants. Celle-ci a dès lors fait l'objet de nombreuses critiques. C'est une institution qui depuis plusieurs années se retrouve sur la sellette et que certains souhaiteraient voir disparaître. Sa gestion de l'épidémie de covid-19 a donné l'occasion à ses détracteurs de lui adresser une nouvelle salve de critiques.

Le 6 juillet 2020, l'administration Trump a notifié au Secrétaire général des Nations unies, son intention de se retirer de l'Organisation mondiale de la santé. Derrière cette décision, très lourde de conséquences, le quarante-cinquième président des États-Unis entendait dénoncer la gestion de la pandémie de covid-19 par l'OMS ainsi que la trop grande complaisance dont aurait fait preuve cette organisation à l'égard de la Chine. Si le processus n'a pas été mené à son terme, en raison de l'arrivée d'un nouveau locataire à la Maison Blanche, ce précédent marquera néanmoins durablement les esprits. Il traduit un sentiment de défiance envers l'OMS ; sentiment que partage à des degrés divers un certain nombre d'acteurs et de spectateurs de la santé mondiale.

La défiance ainsi manifestée à l'égard de l'OMS est une véritable source d'inquiétudes. Elle ne peut en effet que nuire aux intérêts de la cause que cette organisation défend à savoir la santé. Elle interroge quant à la capacité de l'OMS à s'acquitter des fonctions qui sont les siennes. Elle instille le doute quant à la fiabilité des informations scientifiques que cette dernière délivre. Or, à une époque où les rumeurs les plus folles se propagent comme une trainée de poudre - en particulier par le biais des réseaux sociaux-, il est plus que nécessaire de pouvoir compter sur des sources sures et crédibles. C'est la condition sine qua non pour que l'OMS puisse lutter efficacement contre les fake news en tout genre. L'OMS doit faire en sorte que sa parole soit écoutée et que son action soit respectée. Autrement dit, il lui faut endiguer au plus vite ce sentiment de défiance (II) dont les causes sont diverses (I).